Les suceurs de roue

Article/chronique à peaufiner (relecture, autre formulation...)
Alexandre Vinokourov, champion à contre courant
La carrière d'Alexandre Vinokourov s'est peut-être arrêté après sa chute lors de la 9éme étape du Tour de France 2011. Vino n'a jamais remporté le Tour, il n'a jamais porté le maillot jaune et n'a jamais ramené un maillot distinctif à Paris. Entre le Kazakh et la Grande Boucle, une longue histoire d'amour et de malentendus avait eu lieu. Le leader de l'équipe Astana se présente pour la première fois sur la Grande Boucle en 1999, après avoir remporté le Dauphiné Libéré. A l'époque dans l'équipe Casino de Vincent Lavenu, le Kazakh s'est forgé un palmarès élogieux dans les courses par étapes d'une semaine. C'est ainsi qu'il attire les faveurs de l'équipe Deutsche Telekom de Jan Ullrich. Avec le recul, ce mouvement fut probablement un frein à la progression de Vino. Quinzième du Tour en 2000, Seizième en 2001, le Kazakh avait abattu un travail considérable pour ses leaders. Non seulement dans les cols au bénéfice de Jan Ullrich, mais également au service d'Erik Zabel. Il faut rappeler que Vinokourov fut un moment le dernier poisson pilote du sprinteur Berlinois.
Equipier de luxe tout terrain, Vino participe grandement aux succès d'Erik Zabel sur Milan-San-Remo mais n'a eu que rarement l'occasion d'exprimer ses qualités. Ses résultats sont plutôt maigres par rapport aux espoirs placées en lui quelques années plus tôt. Il devra se contenter d'une médaille d'argent lors des Jeux Olympiques de Sydney, d'une 7éme place sur Liège Bastogne Liège, du 5éme rang sur le Tour de Suisse ou encore d'une victoire finale sur le Tour d'Allemagne.
2002 aurait pu être le tremplin de la carrière d'Alexandre Vinokourov. Jan Ullrich, blessé au genou, disparait de la circulation. Il est même licencié en cours de saison par l'équipe. Vainqueur de Paris-Nice en début de saison grâce à l'aide indirecte de son ami Kivilev dans le Mont Faron, Vino remporte la première étape de montagne du Tour de Suisse. Leader au général, le Kazakh se casse le coccyx et doit renoncer dans la foulée au Tour de France. Tout juste remis de cette blessure, Vino se présente sur le Tour d'Espagne. A l'approche de la mi-course et après deux arrivées au sommet difficiles, le Kazakh occupe la seconde place du générale à 14 secondes d'Oscar Sevilla. Vino est favori des pronostics pour s'emparer du maillot amarillo sur le chrono de Cordoba qui s'étend sur près de 37 kilomètres. Mais un ennui de santé va briser son élan et ses rêves de podium voir de victoire finale sur le Tour d'Espagne.
Alexandre Vinokourov aurait pu réaliser une grande saison en 2002, mais c'est en 2003 qu'il deviendra véritablement un coureur de premier plan. La tragique mort sur Paris-Nice de son ami Andrei Kivilev fut peut-être un déclic pour le champion Kazakh. Ce dernier remporte la course au soleil en honneur à son ami. Au Kazakhstan quand une personne meurt, ses proches ont 40 jours pour lui rendre hommage. Le 40éme jour intervient lors de l'Amstel Gold Race, que le Kazakh remporte grâce à tout son sens tactique. En juin, après avoir terminé 3éme du Tour d'Allemagne, le nouveau leader de la Deutsche Telekom s'impose sur le Tour de Suisse et se présente en tant qu'outsider pour le Tour de France. Son problème majeur ? On l'avait aperçu les dernières années : la récupération. C'est probablement cela qui lui coûte la victoire sur ce Tour de France. Super combatif de ce Tour, Vino animera chaque étape de montagne, se rapprochant de jour en jour plus proche de ce maillot jaune, avant d'exploser lors de la dernière arrivée au sommet du Tour.
A la fin de la saison 2003, la notoriété du Kazakh devient mondiale. Il s'est attiré la sympathie des médias et du public, en raison de son immense panache et de ses succès en hommage à Andreï Kivilev. La suite de la carrière de Vino sera paradoxale. Souvent décevant là où on l'attendait le plus, le Kazakh établira la plupart de ses plus grands exploits à des moments inattendus.
Les saisons 2004 et 2005 illustreront ce propos. Piégé dans une bordure, le Kazakh ne peut espérer un 3éme succès de suite sur Paris-Nice. Mais l'orgueil du champion est présent et il se vengera en allant remporter trois des quatre dernières étapes de l'épreuve. Grand absent du Tour de France après une chute sur le Tour de Suisse, il est présenté comme un des favoris des Jeux Olympiques d'Athènes mais se révèlera être incapable de suivre Paolo Bettini et Sergio Paulinho dans l'avant dernier tour de l'épreuve.
En 2005, Vino effectue un de ses débuts de saison les plus discrets de sa carrière. Malgré tout, il se permet le luxe de s'offrir la Doyenne des classiques après une longue échappée avec Jens Voigt, surprenant tous les favoris de l'épreuve. Inférieur intrinsèquement le Kazakh avait formidablement manoeuvré pour remporter un de ses succès le plus marquant. Quelques semaines plus tard, il s'impose au sommet du Mont Ventoux et il est présenté comme étant une des grandes menaces de Lance Armstrong sur le Tour de France. Mais lors du premier grand rendez-vous avec la montagne, le Kazakh explose dans la montée de Courchevel et voit ses espoirs au général disparaitre. Touché à l'orgueil, le Kazakh réagit et s'impose le lendemain à Briançon devant Santiago Botero. Très offensif dans les Pyrénées, son travail n'est guère exploité par Jan Ullrich. C'est finalement contre toute attente qu'il remportera la dernière étape des Champs-Elysées d'habitude réservée aux sprinteurs.
Fort de ses exploits, Vino se met à l'idée de gagner le Tour de France 2006, malgré une contre-performance l'année précédente. Il quitte l'équipe T-Mobile pour rejoindre la formation Liberty Seguros. Le Kazakh va alors changer, se transformer même. Il change sa préparation, son approche des courses. L'obsession Tour de France va posséder Vinokourov, il va le transformer en un coureur qui est l'exact opposé de ce qu'il était les dernières années. Vino perd de son authenticité car il a voulu se formater de la même manière que les autres prétendants au Tour. Ce fut selon moi sa plus grande erreur de sa carrière.
Bien que son nom ne soit pas cité dans l'affaire Puerto, son équipe est interdit de participer au Tour. Liberty Seguros est en danger et va disparaitre. En catastrophe, Vino fait jouer ses relations et ses connaissances haut placées dans le gouvernement de son pays, afin de monter une formation cycliste puissante mais au financement douteux. A peine créée, le Kazakh remporte le Tour d'Espagne.
Vino devient bien plus qu'un simple champion cycliste et son obsession pour le Tour de France devient encore plus démesurée. Vino se crée des ennemis, il possède de trop nombreuses liaisons dangereuses. Adulé pendant plusieurs années pour son panache, son sens tactique et sa modestie, les médias façonnent une image d'Alexandre Vinokourov totalement opposée lors de cette saison 2007. Il est comme un ennemi public. Sa perte est prévisible. Il chute lors de l'étape vers Autun qui était censée être anodine. Il perd plus que du temps, mais prend un grand coup sur le physique et le moral. Lors du premier test en montagne, il déçoit comme il l'avait fait en 2005. Le Kazakh a déjà perdu le Tour. Il réagira en gagnant deux étapes, mais il se fait contrôler positif aux transfusions homologues. Il écope d'une suspension de l'UCI de deux ans, bien que ses amis de la fédération Kazakh n'ait porté sa suspension qu'à un an afin de pouvoir lui permettre de participer aux Jeux Olympiques...
Alexandre Vinokourov ne revient qu'en 2009 à la compétition auprès de SON équipe Astana. Il remporte le chrono du Tour de l'Ain pour son retour, ainsi que des Jeux Asiatiques. Son retour s'effectue en douceur et Vino fait toujours autant preuve de panache. Mais quand il remporte Liège-Bastogne-Liège en 2010 pour la deuxième fois de sa carrière, sa victoire dérange et fait couler beaucoup d'encre. "Vino est là, c'est la classe" dit-il avec un orgueil à la hauteur de son talent. Dans la foulée, il participe au Tour d'Italie. Il porte le maillot rose d'une épreuve où il aura été le grand animateur pendant 10 jours. En juillet, il se met au service d'Alberto Contador. L'Espagnol remporte son 3éme Tour de France, alors que Vinokourov ne repart pas en reste, avec une victoire d'étape en solitaire à Revel, un nouveau bijou tactique, qui résume le sens tactique de ce coureur. Un classique de la part du Kazakh.
Avant d'entamer la saison 2011, Vino annonce sa retraite à la fin de saison avec somme ultime objectif : le maillot jaune. Ce rêve n'empietrera pas sur ses différents objectifs de la saison, mais on sent clairement un Vinokourov au crépuscule de sa carrière, enchainant les contres-performances dans l'exercice chronométrée. Cela ne lui empêche pas de termine 2éme du Dauphiné Libéré, preuve d'une condition physique qui s'annonce optimale pour le Tour de France. Passé à travers la plupart des pièges de la première semaine, Vino lance une ultime offensive vers Super Besse pour conquérir le maillot jaune. Malheureusement, le Kazakh ne se voit pas récompenser son audace et sa finesse tactique. Ses jambes ne répondaient malheureusement plus dans le final. Un signe peut-être. Le lendemain, il chute dans la descente du Pas de Peyrol et se fracture le fémur. La fin.